Une otite chez le chien, ça ne crie pas toujours « au secours ». Parfois, c’est une oreille qui chauffe, un chien qui boude la caresse, ou ce petit « flap flap » de tête à 6h du matin. Après 35 ans à tendre l’oreille, je vous montre comment repérer les signes tôt, sans dramatiser, mais sans traîner.
Les signaux qui ne trompent pas
Commencez par observer. L’otite s’exprime avec des indices très concrets :
- Le chien secoue la tête plus souvent, parfois frénétiquement.
- Il se gratte l’oreille, pleure si on touche la base du pavillon.
- Odeur forte et « sucrée » ou franchement rance qui se dégage de l’oreille.
- Rougeur, chaleur, poils collés, cire brune ou noirâtre, parfois du pus.
- Tête penchée d’un côté, comme s’il portait une bouée invisible.
- Il devient grognon, évite le collier, se cache, dort mal.
Un chien qui « fait l’andouille » peut simplement avoir mal. L’otite met vite les nerfs à vif, chez lui… et chez vous.
Petit test à la maison (simple et sans risque)
Installez-vous au calme, récompenses à portée de main. Soulevez doucement l’oreille :
- Regardez la couleur : rose pâle = normal, rouge tomate = pas normal.
- Sentez : une oreille saine ne sent presque rien.
- Passez un coton (pas un coton-tige) juste à l’entrée : brun/gras = suspect, noir/odeur de levure = très suspect.
Évitez les cotons-tiges qui poussent la saleté au fond et aggravent l’inflammation. Si votre chien sursaute ou pleure, stoppez et consultez.
Quand c’est urgent
Il y a des signes qui demandent une visite rapide chez le vétérinaire :
- Tête très penchée, perte d’équilibre, vomissements.
- Douleur intense, gémissements, oreille gonflée.
- Fièvre, apathie, refus de manger.
Mieux vaut une consultation « pour rien » que de laisser une otite s’enfoncer vers l’oreille moyenne. Là, on change de catégorie.
Pourquoi ça arrive (et à qui ça arrive plus souvent)
La recette d’une otite est simple : un conduit humide + chaleur + micro-organismes qui se mettent à proliférer. Les suspects habituels : bactéries, levures. Les « complices » : baignades répétées, allergies cutanées, oreilles tombantes mal ventilées, poils abondants dans le conduit, épilations agressives, corps étranger (épillets). Certaines races comme le Cocker, le Labrador ou le Bouledogue sont de vrais « casse-têtes d’oreille ».
« On pensait que Jazz faisait sa crise d’ado. Il grognait quand on voulait lui mettre le harnais. En fait, une otite cinglante. Deux soins, et on a retrouvé notre crème. » – Léo, Montreuil
Ce que fera le vétérinaire
Pas de magie, mais du concret : examen à l’otoscope, prélèvement pour savoir qui s’invite à la fête (on regarde au microscope ce qui prolifère), nettoyage approprié et traitement ciblé. Évitez les remèdes maison type vinaigre, huiles essentielles ou alcool : ça brûle, ça irrite, et ça fausse le diagnostic.
La routine qui sauve des oreilles
Installez un rituel doux, une fois par semaine, ou après baignade :
- Regardez, sentez, touchez léger. Récompensez à chaque étape.
- Si besoin, utilisez un nettoyant auriculaire adapté aux chiens, recommandé par votre vétérinaire.
- Massez la base de l’oreille (bruit de « floc floc »), laissez votre chien secouer, essuyez l’excès à l’entrée.
Si vous devez traiter, respectez la durée indiquée même si tout va mieux au bout de trois jours. Arrêter trop tôt, c’est inviter la rechute.
Comportement et douleur: le fil invisible
Une douleur d’oreille peut déformer le portrait de votre chien. Il devient irritable, refuse les jeux bruyants, sursaute au moindre bruit, snap quand on le touche. Avant d’étiqueter « dominant » ou « têtu », vérifiez les oreilles. Mon expérience me le répète : beaucoup de « mauvais caractères » sont juste des chiens qui ont mal.
« On appelait ça ‘le flap du matin’. Trois semaines plus tard, l’otite avait gagné du terrain. Depuis, on fait le check-oreilles du dimanche, café pour nous, friandises pour lui. » – Maud, Toulouse
En deux mots, écoutez votre chien
Les oreilles parlent. Elles racontent la météo intérieure de votre compagnon. Prenez le temps de regarder, d’habituationner au toucher, de réagir tôt. Vos mains, une lampe, un peu d’odeur, et l’attention du quotidien : souvent, c’est ce qui fait la différence entre une petite alerte et une grande galère. Et au besoin, on passe chez le vétérinaire : c’est son terrain de jeu, et votre chien vous dira merci à sa façon, en silence… ou en aboyant sur le facteur, 6h du matin.

