Voir ses poissons collés au fond de l’aquarium, immobiles comme des statues de gravier, ça serre un peu le coeur. Parfois, c’est un simple moment de repos. Parfois, c’est un SOS muet. Mon métier, c’est d’écouter ces silences-là et d’y répondre avec des gestes simples, du bon sens, et un brin d’humour – parce que la panique n’a jamais sauvé un guppy.
Parfois, c’est normal
Ce n’est pas toujours un drame. Certains poissons vivent et fouillent au sol par nature. Les corydoras patrouillent en moustaches dans le sable, les loches kuhli se faufilent entre les pierres, l’ancistrus se poste sur une racine comme un gardien de nuit. D’autres se reposent au fond après le repas, surtout dans un bac calme.
Des comportements « OK » au fond :
- Repos court après un repas copieux.
- Espèces de fond actives surtout le soir (corydoras, loches, ancistrus).
- Poisson âgé qui se ménage, mais se redresse pour manger.
- Période de ponte ou de garde territoriale, chez certaines espèces.
Si l’animal remonte volontiers manger et repart explorer, rien d’inquiétant.
Les signaux qui doivent alerter
Un poisson au fond peut dire « je me repose », ou « je ne vais pas bien ». La différence se joue dans les détails. Respiration difficile = action immédiate.
- Poisson couché sur le flanc, qui peine à se redresser.
- Branchies qui battent vite, bouche qui « hale ».
- Nageoires serrées contre le corps, couleurs ternes.
- Ventre gonflé ou amaigri, écailles hérissées.
- Points blancs, frottements contre le décor, filaments sur la peau.
- Isolement d’un poisson de banc (néon, rasbora) qui d’habitude suit le groupe.
Un seul de ces signes, c’est un check-up. Plusieurs en même temps, c’est urgence tranquille mais sans attendre.
Les grandes causes possibles
Quand des poissons restent au fond, on explore d’abord l’environnement. 80 % des soucis viennent du bac, pas du poisson.
- Testez l’eau, pas au jugé. Ammoniac et nitrites élevés irritent branchies et peau. Nitrates trop hauts fatiguent. Un bac tout juste installé (démarrage) est souvent en cause.
- Température et oxygène. Trop froid, les poissons ralentissent; trop chaud, l’eau contient moins d’oxygène. Sans remous de surface, on s’essouffle… au fond.
- Un courant trop fort épuise. Certains se « collent » au sol pour résister au flux du filtre.
- Stress social. Surpopulation, harcèlement (un betta nerveux, un gourami territorial), ou un poisson de banc maintenu seul.
- Substrat et décor. Gravier coupant, absence de cachettes, fond trop sombre ou trop clair: inconfort = retrait.
- Maladies. Problèmes de vessie natatoire (poisson qui a du mal à se stabiliser), parasites (points blancs), infections. Parfois une intoxication (produits ménagers, métaux).
Bonne nouvelle: la plupart de ces causes se corrigent avec quelques gestes simples.
Ce que vous pouvez faire aujourd’hui
Avant d’acheter un sirop miracle, observez 5 minutes. Que voyez-vous? Qui embête qui? Comment respirent-ils?
- Mesurez ammoniac, nitrites, nitrates, pH avec des tests en gouttes. Si nitrites/ammoniac ≠ 0, changez 30-50 % de l’eau et ajoutez le conditionneur.
- Augmentez l’oxygène: orientez le rejet du filtre vers la surface pour créer des remous; un bulleur peut aider en été.
- Adoucissez le courant, ajustez la température dans la plage de l’espèce.
- Réaménagez: racines, plantes, grottes. Un refuge calme change tout.
- Nourrissez léger deux jours; évitez les excès qui fermentent et troublent l’eau.
- Isoler le malade, sans tarder. Un petit bac hôpital, chauffé et propre, permet de traiter sans stresser tout l’aquarium.
Notez ce que vous changez. Un carnet du bac, ça évite de jouer aux devinettes la prochaine fois.
Témoignages du bocal
« Mes guppys restaient tassés derrière un rocher. Les nitrites étaient montés après un nettoyage trop zélé du filtre. Changement d’eau, masses filtrantes remises en place, et le banc a repris sa danse. » – Lucie, Bordeaux
« Mon betta campait au sol, tête basse. Le courant le plaquait. J’ai cassé le flux avec une plante flottante: il patrouille à nouveau en surface. » – Karim, Lille
« Un corydoras immobile m’a alertée. Branchies rapides. Chauffage HS: 20 °C au lieu de 25. J’ai remonté doucement, il a repris sa ronde. » – Élodie, Genève
Prévenir plutôt que guérir
Les poissons n’ont pas de mots; ils ont des habitudes. Regardez-les 3 minutes par jour, changez l’eau chaque semaine, nettoyez le sol au rythme du bac, et variez l’alimentation. De petites routines, grands effets. Le fond de l’aquarium ne devrait pas être un hall d’attente, mais un quartier vivant. Et si un doute persiste, une photo, des tests et un avis en magasin spécialisé ou chez un vétérinaire feront gagner du temps… et de la sérénité.

